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  • Julie Thérond

Tadasana et Samasthiti


Tadasana / Samasthiti : Vivre entre Terre et Ciel

La posture de yoga émerge de notre désir de rencontrer la vie au cœur du silence et de l’immobilité. Dans cette suspension, et à la fois pleinement présent, l’être peut enfin se révéler au-delà du seul corps physique. Les asanasdans la voie du Yoga nous accompagnent à nous établir en nous-mêmes pour y découvrir l’état de yoga, l’état d’union. Cet état, à la fois de détente et de pleine attention, émerge à travers les processus du corps physique, et touche toutes les dimensions de notre être, jusqu’aux plus subtiles. La posture est telle une carte de route qui nous accompagne à purifier, renforcer, détendre, fluidifier et réorganiser la matière physique afin qu’elle puisse servir la vie et le silence originel précédent toute manifestation.


J’aime la posture debout. Celle-ci symbolise précisément ce cheminement vers l’être à travers un processus à la fois simple et profond de verticalisation. Cette posture peut être appelée communément Tadasana ouSamasthitiTada en sanskrit c’est la montagne.La posture de la montagne, ou s’établir dans la montagne,fait référence à une manière de s’établir dans les lieux de sagesse, au cœur de la Connaissance Ultime. Dans la tradition indienne particulièrement, la montagne évoque les états les plus élevés de la conscience ou de l’éveil, que ce soit à travers des lieux comme Arunachala ou les Himalayas par exemple. Quant à Samasthiti, on pourrait littéralement le traduire par se tenir (sthiti)debout (sama). Dans un premier temps, il s’agit de se tenir debout en cultivant simultanément les états de détente et de concentration. Puis avec le temps la présence prolongée dans Samasthiti témoigne de la manière dont l’état de quiétude ou de tranquillité immobile a commencé à infuser le jeune yogi pour en faire sa nouvelle réalité.


Il y a une vingtaine d'années, j'ai eu envie de découvrir la partie plus posturale du yoga avec un stage intensif dans l’approche de BKS Iyengar. Aujourd’hui encore je me souviens de cette première journée : nous devions rester longtemps debout dans la posture de Tadasanaou Samasthiti. Le temps prenait une toute autre dimension, cette posture semblait sans fin. Après des années de pratique de danse je vivais l’insupportable et l'impossibilité de me tenir debout tout simplement.


Avec les années c'est une posture pour laquelle j’ai développée une grande affection. Pour aller vers Tadasana j’ai intuitivement pris les trajets qui semblaient juste à mon corps : préparation à travers les appuis des mains, des pieds, ouverture du bassin, fluidité et stabilité dans l’axe de la colonne vertébrale, le soutien du plancher pelvien, la conscience de l’axe terre-ciel, et aussi toute une série de postures qui accompagnent les ouvertures énergétiques permettant de se rendre disponible à cette posture. J’ai exploré ce chemin vers la posture debout de la même manière que le nouveau-né se met en contact avec la densité du corps et de l’espace autour de lui pour appréhender le monde de la matière. Aujourd’hui je m’émerveille d’observer ma fille Ananda née il y a 8 mois explorer son corps en relation avec son environnement. Je la vois suivre ces mêmes trajets tout naturellement. Comme si mon corps avait gardé la mémoire de ces étapes, que l’on appelle aussi kramasen sanskrit, pour retrouver le chemin vers la verticalisation du corps physique. J’observe chez cette enfant de quelques mois ce désir intense de faire partie du monde qui l’entoure, d’entrer en relation avec la matière, et surtout cette volonté à aller vers la posture assise puis debout pour se verticaliser.


Avec le temps cette verticalité dans mon corps d’adulte s’affine avec plus de sensorialité, par exemple dans les orteils, les voûtes plantaires, les paumes des mains, le centre de gravité du corps, et l’engagement avec la terre d’où émerge l’élan vers le sommet du crâne. Dans ce maintien deTadasanaou Samasthiti, dans ce silence immobile, il y a la mémoire des premiers efforts à se tenir debout, à verticaliser la matière, et quelque part la sculpter pour faire concrètement ce passage du règne animal et du mammifère que nous sommes (à 4 pattes) vers le règne humain (debout). 


Dans cette pratique d’asana, je suis aussi touchée par l’invitation à se verticaliser une deuxième fois. De même que l’on parle d’une deuxième naissance dans la tradition christique, la posture debout invite à s’éveiller à une verticalité plus subtile où tout en nous concourt à servir notre être plutôt qu’à vivre nos vies à moitié endormis ou derrière les voiles de l’illusion. 


Le maintien de la posture debout permet de développer toutes ces qualités de l’éveil : 

- par la présence et l’observation, laisser émerger un contact direct avec la vie que nous sommes et la conscience d’exister (sat-cit-ananda)

- s’engager dans une relation consciente avec la matière du corps, puis de notre environnement (processus d’incarnation)

- développer une autonomie intérieure pour vivre de manière responsable et inspirée (se tenir debout dans son centre de gravité)

- discerner pour choisir ce qui sert la vie au plus profond de nous (perception depuis l’espace de sagesse de la montagne)


Ultimement, dans ce processus à se tenir consciemment et totalement debout la Connaissance avec toutes les lois du vivant se révèle à nous. Le silence et l’immobilité réorganisent les 5 éléments dont nous sommes constitués afin que nous puissions vivre depuis la grandeur de notre être. Nous pouvons alors vivre dans le souvenir de la Terre et du Ciel.

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